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RIGOT par Jean DALEVEZE
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Robert RIGOT est un sage à sa façon, qui vit et travaille dans son village de Bourgogne, loin de Paris et pourtant aujourd'hui, si facilement proche. Du moulin où il a établi son atelier, à mi-pente d'un coteau, il découvre la campagne, loin, tendrement vallonnée, généreuse comme un corps de jeune femme.
Il garde ainsi ses attaches solidement amarrées au coeur de la terre, de la nature, et il semble bien qu'un regard habitué à se briser aux ruptures d'une ville ou celui qui se peut étendre ne saurait éprouver l'espace de la même manière. Et puis il y a la lumière, mariée à l'espace, et dont chaque variation vous est sensible, lorsqu'on l'habite et qu'elle vous découvre le monde jusqu'à l'horizon, donnant forme à la matière.
Et voilà réunis les trois éléments de la sculpture, la matière où s'inscrivent les formes, la lumière qui les fait vivre et l'espace où elles doivent s'établir.
Avec cela, le sculpteur peut construire son monde à lui, à côté du nôtre, mais si intimement lié à nous-mêmes, qui le regardons, qu'il devient le maître de nos émotions.
Car il est du domaine de l'art, un univers idéal dont les éléments sont combinés et assemblés de telle sorte que leurs rapports satisfassent notre regard et nous émeuvent.
Fils de tailleur de pierre, Rigot a commencé, lui aussi, par l'épanneler, la mordre de son ciseau, lui imposer des volumes. Il avait dix ans. Et puis, beaucoup plus tard, Prix de Rome, il découvrait à la Villa Médicis l'usage du métal.
Il s'y est tenu. Il lui offrait un avantage capital pour lui. Rigot a le sens de l'espace, de la lumière, et n'aime pas ce qui pèse, ce qui s'arrête, ce qui fait masse, il préfère ce qui est "aéré". Le métal lui donnait le moyen d'unir totalement la matière qu'il travaille à la lumière, les obligeant l'une et l'autre à des épousailles intimes, celle-ci ne s'arrêtant plus à la surface de celle-là, se contentant de la caresser, mais la pénétrant, la traversant, la forçant à l'accueillir au plus profond d'elle-même.
Les anneaux dont il se sert pour construire ses formes ou les orifices qu'il y laisse libres, font qu'il ne sculpte plus seulement le métal lui-même, mais la lumière aussi. Il n'est que de voir son monumental "cheval soleil", traversé de toutes parts des éclats du jour, s'intégrant si bien à l'espace qu'il ne s'impose pas comme une masse étrangère, malgré ses vastes dimensions, mais en fait partie. Entomologiste à sa manière, ornithologue, créateur d'insectes, d'oiseaux, de chauves-souris, Rigot s'entend parfaitement à organiser droites et courbes, à serrer sa composition de telle façon que l'essentiel seulement y soit dit.
Tournez autour de son "Oiseau déchiré". De quelque côté que votre oeil l'aborde, sous quelque angle que vous le regargiez, il n'est pas de rupture. Tout s'accorde. Et dans ses grandes compositions comme celle qu'il a réalisée pour le Centre d'animation Culturelle de Mâcon, il en va de même. Il y a tout et rien de trop. Et il a réussi dans cette ensemble immobile sur le mur à créer du mouvement. Les formes ont tendance à se distendre en deux directions opposées, celles des volées de l'escalier, et s'annulant, se retenant l'une l'autre, créent une force dynamique qui anime tout. Sculpteur, Rigot ? Indiscutablement. Jean DALEVEZE
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